"Un vagabond dans la langue" de Matthieu Mével

Par Patrick :

« Je voudrais raconter l'émotion que me procurent les phrases de mon frère, l'émotion que me procurent ses phrases, qui poussent au bord du déséquilibre, de l'excès, de l'accident, je voudrais trouver les mots pour dire cette langue de moins.»
Séverin, le plus jeune frère de Matthieu Mével est autiste. « l'autisme est une difficulté à sortir de soi. Il est une singularité des connexions neuronales. Les neurones ne manquent pas, mais le cerveau ne sait pas les connecter correctement. L'autiste est l'homme intranquille par excellence.»
La parole de Séverin est difficile, mais cette langue, bizarre, singulière, toute de maladresse, a permis à Matthieu Mével, « Machieu » dans la langue de Séverin, de comprendre dès l'enfance « qu'il n'est guère besoin de bien parler pour communiquer : ce ne sont pas les mots qui comptent, ce sont les rapports entre les mots. Ces élans qui dansent sous les mots, ce sont des sentiments»
Ce Roman autobiographique est un éloge de la parole de son frère. L'auteur nous décrit les émotions de Séverin, ses joies, ses souffrances, les souvenirs partagés, mais aussi ses difficultés à s'exprimer provoquant parfois de la violence, dans une société n'étant pas organisée et adaptée pour accueillir ce genre de handicap.
Matthieu Mével est acteur, écrivain, metteur en scène et, justement, la relation singulière avec les mots et la langue de son frère, l'a amené à s'intéresser tout particulièrement à la parole, « la parole qui nous touche comme une main, la parole qui jaillit comme une étincelle sans avoir le temps de penser »
Dans ce roman, l'auteur évoque sa formation d'acteur, ce que le théâtre lui a donné le «sauvant de l'ennui des études en le plongeant au cœur des émotions». Il nous parle de ses lectures et ce que la langue de son frère a déterminé dans son approche particulière de metteur en scène et d'enseignant. Pour lui, le travail de l'acteur consiste à s'ouvrir à la vérité, à l'émotion. « il aime la parole qui ne sait plus très bien ce qu'elle veut dire, quand elle se risque comme le funambule sur le fil. Il aime les erreurs, les accents, les étrangers. La beauté d'un être est toujours pour partie dans ce qui lui échappe.»
Avec ce premier roman autobiographique Matthieu Mével rend un magnifique hommage à son frère et sa langue étrange et à la parole, celle qui exprime l'émotion, la vérité des sentiments.




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