«Petite sœur, mon amour» de Joyce Carol Oates

Par Patrick :

Joyce Carol Oates s'est inspirée d'un fait divers qui a boulversé l’Amérique fin des années 90. L'affaire JonBenét.
Dans ce roman, le narrateur Skyler Rampike, ex-junkie, a 19 ans lorsqu'il retrace la vie de la famille Rampike et sa propre descente en enfer dans un besoin de délivrance.
« Petit homme » de sa mère jusqu'à la naissance de sa sœur, plus jeune de trois ans, Edna Louise, prénom peu séduisant de la grand mère paternelle, Skyler, enfant fragile et non sportif, restera handicapé après un accident de gymnastique causé par un exercice difficile qu'il voulait réussir pour faire plaisir à son père et lui prouver qu'il en était capable. Il perd son statut de" centre du monde" au profit de sa petite Sœur, petite sœur qui, elle, manifeste un potentiel extraordinaire de patineuse et qui, dès quatre ans, remporte des titres et devient très vite célèbre et populaire.
Sa mère, Betsey, elle même en quête de reconnaissance sociale, patineuse sans grand talent dans son adolescence, rêve de permettre à sa fille de devenir la vedette qu'elle n'a pas été. Cette mère, extravagante et immature, va faire vivre un enfer à sa fille pour l'amener au plus haut niveau dans le monde du patinage : maquillage, vêtements séduisants, régime, fortifiants en cachets et en piqûres, professeurs particuliers, kynésithérapeutes, coachs, entraineurs, chorégraphes, médecins, et changera son prénom de Edna Louise en Bliss, beaucoup plus clinquant et attirant.
Skyler, sept ans, est certes un peu jaloux et agacé par cette sœur phénomène, mais aimerait la protéger de sa mère exigeante et insatiable.
Puis, il y a le père, le mâle" Alpha plus", homme d'affaire brillant, pratiquant la culture de la force pour séduire et terrifier, égocentrique au cœur volage, ne résistant pas au charme féminin qui par le désintérêt qu'il leur porte, détruit petit à petit son couple et l'équilibre de la famille.
Et alors, c'est le drame : dans la nuit du 28 janvier 1997, deux jours avant ses sept ans, Bliss est assassinée.
Joyce Carole Oates, à partir d'un fait divers non élucidé, invente une histoire infernale, terrible, à l'humour caustique (Betsy meurt, non pas d'un cancer, mais d'une liposuccion) et vous emmène, par petites touches, à une réflexion qui débouche sur un dénouement possible qu'il serait audacieux de rapprocher du véritable fait divers. Mais c'est aussi les tares, les vices, les turpitudes de cette société américaine riche et florissante qui est la cible de l'auteure. C'est avec talent et lucidité qu'elle nous fait souffrir avec Skyler ( serait-il l’assassin de sa sœur, nous partageons ses pensées, ses doutes, ses réflexions, ses blessures) et dénonce les comportements d'adultes avides de profits et malades de reconnaissance qui font endurer à leurs enfants des souffrances dans l'espoir d'une célébrité rêvée avec la complicité de certains médias, médecins et autres charlatans du sport.
Encore une fois, un roman de Joyce Carol Oates, qui vous prend et ne vous lâche pas pendant 667 pages.




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